Confiné(s) !

17 mars 2020, midi : nous voilà confinés ! Depuis le temps qu’on nous en l’annonce, ce n’est pas une surprise. Quelle violence, pourtant, de se trouver soudain interdits de sortie ; interdits de rencontre ; interdits de contact humain.

L’autre devient soudain porteur d’un risque potentiellement mortel. Et moi pour lui, puisque j’ignore si je suis ou non bien portant. Nous sommes dangereux les uns pour les autres. Nous en sommes là. C’est au point où les frontières ferment, les avions ne décollent plus, les Etats font pression les uns sur les autres pour l’adoption de mesures de protection identiques. C’est au point où les gouvernements font le pari de stopper – brutalement – la machine économique ! Dans ce monde ultra-libéral et globalisé. Que se passe-t-il ?

Un confinement mortifère pour le libéralisme

J’aimerais avoir la hauteur de vue nécessaire pour répondre à cette question avec recul et sagesse. Je ne l’ai pas. Je sens intuitivement qu’il y a dans ces décisions successives de tous les pays comme une forme de folie suicidaire collective, quelque chose qui ne relève pas de la raison. On ne me fera pas croire que des Etats capables de se financer en vendant des armes (par exemple) sont affolés par le nombre de décès encore faible dus au virus au point d’arrêter le système économique sur lequel repose leur fonctionnement. Il y a autre chose, de plus essentiel, de primal. L’hyper-réactivité des responsables politiques me semble beaucoup plus relever du cerveau reptilien que du néo-cortex. Un peu comme si tout le monde avait décidé d’arrêter de jouer, soudainement, par fatigue ou par ennui.

Bien sûr, il va y avoir des profiteurs de guerre : avec de l’argent gratuit déversé par centaines de milliards, des Bourses qui ont perdu plus du tiers de leur valeur, et un marché immobilier sur le point de s’effondrer, c’est l’inverse qui serait étonnant. Surtout, il va y avoir des millions de victimes économiques : indépendants, petits patrons, PME fragiles, salariés licenciés, intérimaires, chômeurs… C’est la crise de 1929, en pire, qui est notre Terre Promise. Une crise des subprimes sanitaire.

Le confinement nous ramène à nous-même

Et après, une fois nos morts enterrés et pleurés, que va-t-on reconstruire ? Acceptera-t-on à nouveau de plonger dans la course à la mondialisation ? Ce ne sera, de toutes les façons, plus tout à fait possible, puisque les pays ne succombent pas tous à la même vitesse au virus, et que le mode de protection retenu consiste au repli sur soi. Mais surtout, quelque chose me dit que peu nombreux seront les volontaires sur le front de la bataille économique. Le confinement est peut-être le remède au virus. Mais ce remède risque de se révéler mortifère pour le libéralisme.

Car le confinement, finalement, qu’est-ce que c’est ? Rester chez soi, entre quatre murs, seul ou en petit comité, n’est pas sans conséquence. Cela renvoie inévitablement à l’intériorité puisque la plupart des fuites se trouvent fermées d’un coup. Il reste bien entendu des échappatoires : télévision, Internet, jeux vidéo, musique, lecture, écriture… Mais le rythme temporel, habituellement cadencé par le travail, l’école, la nourrice, les dîners à l’extérieur, les sorties entre amis, devient plus lâche, plus flou. Impossible de se couper de soi-même en se plongeant dans le travail ou en riant à la pause entre collègues. Impossible d’oublier son conjoint ou ses enfants en allant faire du sport entre amis. Et puis, ils sont là en permanence ! Sans cesse, le confinement nous ramène à nous-même et à nos proches, qui sont comme l’extension de notre être.

Un confinement primal ?

Cela m’évoque la thérapie primate inventée par Arthur Janov. Le patient était à l’isolement pendant trois semaines, avec interdiction de lire, de regarder la télévision, d’écouter de la musique, de sortir de sa chambre. Tout juste pouvait-il écrire sur le bloc-notes laissé à son intention. Et puis, une heure par jour, il avait une séance de thérapie. Considérée par beaucoup comme extrêmement brutale, la thérapie primale obtenait des résultats impressionnants en un temps record. Les patients vivaient des prises de conscience intenses (les insights), des remontées d’inconscient impossibles à endiguer, ils passaient par toutes les phases du retournement intérieur. Les séances de thérapie étaient souvent bruyantes, avec des manifestations corporelles multiples et impressionnantes (les primals). Et puis, soudain, venait le calme intérieur, une forme de sérénité tranquille : le patient était guéri. Il était devenu « normal » selon Janov (Le cri primal, Arthur Janov).

Cette thérapie ne convenait pas à tout le monde. Autant certaines guérisons étaient spectaculaires et rapides, autant certains patients sortaient de là en état de choc, avec de grandes difficultés à reprendre pied dans la réalité, et une sorte d’hébétude qui rendait difficile leur traitement ultérieur à l’aide d’autres méthodes, comme le raconte Gerda Boyesen dans Psyché et soma.

Un confinement global !

Il me semble que le confinement récemment décrété, et qui a toutes les chances d’être prolongé au-delà de deux semaines (il a dépassé les six semaines en Chine, où il n’est pas encore levé), nous propose de vivre une expérience comparable à celle proposée par Arthur Janov. Suivant les circonstances propres à chacun, cette expérience sera d’intensité variable. Ce n’est pas la même chose de se retrouver seul dans un studio à Paris ou à cinq dans une grande maison à la campagne. L’âge, le sexe, le réseau familial, le degré de maîtrise des nouvelles technologies, le mode de vie antérieur, le degré de familiarité avec ses états internes, et bien d’autres facteurs joueront sans doute un rôle d’atténuation ou d’intensification de cette plongée dans l’inconscient. Mais chacun est appelé à vivre cette plongée au degré de profondeur le plus juste pour lui.

Et ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette expérience, c’est que la totalité de la population appartenant au monde développé va la vivre ensemble, à peu près simultanément ! Volontaires ou pas, nous sommes tous envoyés en thérapie intensive en même temps. Pour certains, ce sera une thérapie individuelle, pour d’autres une thérapie relationnelle. Mais tous, nous sommes encouragés à plonger en nous-mêmes pour ré-examiner nos valeurs réelles, nos désirs les plus profonds, identifier la voie de notre épanouissement, et nous interroger sur la cohérence entre ces valeurs, ces désirs cet épanouissement et la vie que nous menons aujourd’hui.

Comment ne pas croire qu’il s’ensuivra un changement de conscience général ? Je fais le pari que ce changement de conscience ne sera pas favorable au libéralisme tel que nous le connaissons aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, mon intention pour ce blog est de relater mon expérience du confinement vu comme une expérience de retour à soi, avec une vision délibérément subjective de tout cela.

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